• Cosmétiques : quelles preuves a t’on de leur efficacité ?

    Posté le 10 mai 2012, modifié le 22 novembre 2014

     

    La preuve, c’est en quelque sorte la justification de la promesse, ce qui la crédibilise et ce qui poussera le consommateur a acheté tel produit plutôt qu’un autre. Elle n’est pas toujours apportée par le fabricant car celui n’y est pas obligé, il peut simplement se contenter d’affirmer l’efficacité de son produit.D’ici quelques semaines, les dernières innovations en matière d’amincissants vont fleurir dans nos magazines et nos hypermarchés. Mais au juste, quelles preuves avons-nous de l’efficacité de nos cosmétiques ?

    Mais lorsque celle-ci est mise en avant, nous devrions l’étudier jusque dans les petits caractères signalés par l’astérisque…

     

    Les tests cliniques : jusqu’à – 3,9 cm

    Ce sont des études menées sur des volontaires sous le contrôle d’un médecin, avec des observations et des mesures de type scientifique.
    Ces tests se déroulent en laboratoire, on évalue par exemple la diminution de l’intensité de tâches pigmentaires.

    On parle d’efficacité visible.

    Caudalie, Concentré minceur


    Chez Caudalie, la louable initiative de recruter un laboratoire  indépendant pour effectuer les tests cliniques est mise en avant, mais pas seulement. Si on regarde de plus près les résultats de ces tests, on peut lire la mention « jusqu’à -3,9 cm de tour de cuisses ».

     

    On peut alors se demander, d’autant plus que ces données ne sont pas communiquées, combien de personnes sur les 18 ont obtenu ce résultat ? Une seule ? L’efficacité moyenne, elle, n’est pas révélée.

     

    Les tests instrumentaux/biométrologiques

    Ils sont identiques aux tests cliniques mais avec un plus non-négligeable : les mesures sont effectuées à l’aide d’instruments adaptés et non à travers le simple jugement visuel du médecin.

    On parle d’efficacité mesurée.

     

    Somatoline Cosmetic, amincissant solaire SPF 15

     

    Les tests in vitro, efficacité in vivo ?

    On appelle “mesures in vitro”, toutes les mesures qui ne sont pas réalisées sur un organisme vivant mais dans une éprouvette.
    Les substances testées in vitro ont bien une action sur les cellules isolées mais les conditions du milieu en éprouvette sont très différentes de celles réelles.

    De plus les tests sont menés sur le principe actif pur et non pas dans les concentrations présentes dans le produit.
    On peut donc légitimement se demander si on peut obtenir de tels résultats sur la peau !

    K-P Wittern, directeur R&D chez Beiersdorf (Nivea) le confirme : “Dans le système complexe qu’est la peau, il est impossible d’avoir accès aux kératinocytes [cellules de la peau, ndlr] pour y étudier l’effet d’une substance”.

    Les notices des cosmétiques décrivent l’action des principes actifs dans l’organisme certes, mais rien ne nous prouve que ces propriétés in vitro sont transportables au milieu cutané.
    C’est pourtant ce qui est sous-entendu, sans jamais être dit explicitement !

    Au début, ces tests ont été développé comme étant une alternative aux tests sur les animaux. Par la suite, le marketing a découvert la mention « in vitro » comme source pratiquement inépuisable de promesses d’efficacité.

    Biotherm, Celluli Laser Size Code

     


    Les tests in vivo, le combat de One Voice

    Contrairement aux enquêtes de consommateurs et aux tests in vitro, les mesures sur les organismes vivants sont une méthode sérieuse.
    Malheureusement ces tests sont réalisés sur les animaux.

    2013 devait marquer un tournant décisif dans l’histoire de l’expérimentation animale en Europe. Le délai supplémentaire, accordé à certains tests utilisés pour la mise au point de produits de beauté, arrive a échéance et la commercialisation sur le territoire européen de cosmétiques élaborés à partir de tests sur animaux devait être interdite.

     

    Mais, suite à un rapport publié fin 2010, l’Europe est sur le point de faire marche arrière et de reporter de 10 ans la fin de ces tests car les méthodes alternatives ne seraient pas suffisamment développées pour permettre à l’industrie cosmétique de répondre à cette obligation. (source : One Voice)

     

    Les tests utilisateur, différence entre perception et effet

    Enquête utilisateur, auto-évaluation, test utilisateur, panels de consommateurs, personnes testées… autant de termes pour décrire la même chose, un vulgaire questionnaire de satisfaction fourni par la marque elle-même.

    Les formulations comprenant le mot « test » sont particulièrement populaires aujourd’hui. Les connotations scientifiques et objectives qu’il sous-entend dissimulent parfaitement le fait que ces enquêtes sont purement subjectives.

    Comment ces sondages sont-ils réalisés ?
    Le fabricant contrôle tout de A à Z : il décide quelles questions seront posées, le nombre d’expérimentateurs, la durée du test, l’exploitation des résultats…
    A la fin de la période arrêtée, les consommateurs remplissent le questionnaire et le remettent à l’entreprise.

    Peut-on sérieusement penser qu’une marque va publier des résultats qui ne seront pas excellents ? Comment est recruté le panel de consommateur ? Sur quels critères celui-ci  doit-il s’attarder ? Rien n’est réglementé.

    Que montrent ces tests ?

    Scientifiquement, pas grand chose. Les résultats sont totalement subjectifs. D’autant plus que le nombre de personnes interrogées est ridiculement petit : 20 personnes testées, est-ce réellement significatif?
    De plus que la durée de ces tests est généralement courte. La peau se régénèrant en plus ou moins 28 jours, on ne pourrait donc évaluer la réelle action d’un soin du visage (ex : anti-imperfections) qu’au bout de 4 semaines.

                   Avène Soin localisé, gamme Cleanance 

     

     

     

    Quand des sujets doivent évaluer si une crème procure une sensation agréable sur la peau, ils attribuent de meilleures notes d’efficacité. A l’inverse, si un volontaire est rebuté par l’odeur de cette crème, sa note d’efficacité sera nettement amoindrie.

    Les testeurs ne sont pas conscients qu’ils sont influencés par ses facteurs.
    On parle d’efficacité ressentie et non mesurée.

    Le mot de la fin…

    Les peaux déshydratées sont rebondies, les teints à imperfections sont lissés, la cellulite diminuée…  les cosmétiques font de l’effet, c’est incontestable.

    Cependant ces effets ne sont pas toujours (rarement ?) aussi remarquables que ceux annoncés par l’emballage. Méfions-nous des accroches publicitaires toutes plus incroyables les unes que les autres. Maintenant que vous savez sur quelles bases les preuves d’efficacité sont construites, pensez-y lorsque vous lirez vos magazines d’été !

     

    LIENS UTILES :

     

     

    SOURCES :

     

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8 commentaires.

  1. Diuppyphilt dit :

    Merci d’avoir un blog interessant

  2. Olivia dit :

    Super intéressant ! Cette catégorie « le coin du chimiste » me plait beaucoup je repasserais !

  3. Tinky dit :

    Je me suis toujours demandé si les actifs pénétraient vraiment dans la peau ? Pour qu’une crème soit efficace, je suppose qu’elle doit pénétrer jusqu’au derme voire plus selon le type de crème. Ex: une crème anti-cellulite doit avoir des actifs qui atteignent les adipocytes ?!

    • Vanilline dit :

      oui certains actifs pénètrent à travers la peau et atteignent le sang.

      C’est la raison pour laquelle de nombreuses femmes enceintes ne doivent pas utiliser d’huiles essentielles ou certains produits.

      Il y a également eu des retours d’utilisatrices de la crème Percutaféine des Laboratoires Pierre Fabre (amincissant à base de caféine) qui se sont retrouvées à faire des insomnies les soirs ou elles l’appliquaient !

      • Anne-Marie dit :

        Les contrôles sont de plus en plus pointus et ça va dans le bon sens mais quand même, certains fabricants n’hésitent pas à mettre des produits nocifs tant qu’ils ne sont pas interdits. On en trouve même dans les produits pour bébés. Atterrant !

  4. Tinky dit :

    En parlant de Percutaféine, j’ai travaillé chez PF au marketing pendant un an (sur Elancyl). Je t’avoue qu’au marketing, on est briefés par la R&D sur les actifs et leur mode de fonctionnement mais je me suis toujours demandé comment ils pouvaient pénétrer vraiment dans les cellules.
    Est-ce que tu sais en lisant les ingrédients lesquels permettent une bonne pénétration de la formule ?

    • Vanilline dit :

      coucou ! je réponds que maintenant désolé, j’ai préféré posé la question à un spécialiste de l’Observatoire des cosmétiques.
      Voici sa réponse :

      « Dans ce type de produits (les amincissants), effectivement, la barrière cutanée est en première ligne : elle doit être franchie par les actifs anticellulite (et les produits sont formulés dans ce sens), puisqu’ils sont destinés à agir dans le derme profond et sur le tissu graisseux.

      Les personnes sensibles à la caféine du café peuvent être concernées par l’application de crèmes à la caféine. Les problèmes de sommeil suite à l’utilisation d’amincissants constituent en effet des effets secondaires courants de ce type de produits.

      Plus largement, beaucoup de molécules peuvent ainsi passer la barrière cutanée : c’est un fait. À noter que ce n’est pas incompatible avec la définition d’un cosmétique, qui est uniquement conçu pour être appliqué en surface de la peau. Mais rien n’est prévu par la règlementation quant au devenir ensuite des actifs contenus dans les formules, ce serait d’ailleurs impossible de contrôler ce point !

      Faut-il s’en méfier ? Tout dépend du type de molécules concernées et de la dose qui peut passer la barrière cutanée et arriver ainsi dans l’organisme. Si la caféine n’aura que des effets momentanés, et qui cesseront dès l’arrêt de l’utilisation du produit, d’autres substances peuvent avoir des conséquences potentiellement plus problématiques, par exemple les sels d’aluminium contenus dans les antitranspirants ou, comme vous le citez, certaines huiles essentielles pour les femmes enceintes et les jeunes enfants.
      L’Observatoire des Cosmétiques publie régulièrement des dossiers et des informations précises sur les différents ingrédients qui peuvent poser problème. Nous ne pouvons que vous vous conseiller de parcourir le site pour être mieux informée… et mieux choisir vos produits ! »

      en ce qui concerne le mode de pénétration des actifs dans la peau et quels ingrédients peuvent passer, j’ai noté l’idée et je vais essayer de publier un article dessus si j’ai assez d’infos =)

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